Sculptures mobiles composées autour des lignes organiques de fragments de bois flottés singuliers, glanés et travaillés tels que je les ai trouvés.

Chercher le juste équilibre, en silence, pour révéler le mouvement et l'être de fragments du Vivant.

Dans un souffle, des bois flottés deviennent alors calligraphies en mouvement…

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Les bois flottés, depuis les rivages tunisiens jusqu’à l’atelier en France : histoire d’un processus créatif au service de leur poésie…

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Pauline Effantin

L’art d’un être-là, d’un naître-là.

par Aude Viot Coster. Autrice – Mise En Mots, au gré du souffle de l’œuvre.

 

Espace aérien, revisité. Bois flotté prenant une nouvelle ligne de flottaison.

Un geste artistique vécu ici comme un refus d’intervention. Le sculpté, n’est pas forcément celui auquel on pense, ni celui que l’on perçoit, premièrement. Et c’est d’abord l’expérience d’un don de la matière à honorer, vécu dans une réception dépouillée. La matière, première, s’impose à l’artiste, qui par et dans un effet miroir, se laisse à son tour façonner, sculpter. Dépouillée de toute volonté propre, elle se rend obéissante, à l’écoute pour vivre, à son tour, cet état d’aban-don et ce rece-voir. Un moment d’enseignement réciproque. Matière primant sur tout agir, qui est avant toute chose, un laisser-faire, un laisser-être.

Un être-là qui est naître-là. Naissance au vivant, à soi, aux autres, au monde.

Si le travail, à même le bois flotté, se rend visible, lisible, il se fait d’abord invitatoire pour l’artiste, se sentant rappelée à l’ordre, intimement dans ce vis-à-vis joyeux, émerveillé.

Un faire qui est action intérieure. Cela se joue entre la matière et l’artiste dans un geste minimal. Épreuve d’humilité, à même le sol. Reconnaître par un voir instinctif. Laisser ses sens à l’écoute et s’ajuster. En trouvant l’équilibre de la matière, nous découvrons notre propre place, par ricochet, par effet de matière. Un ajustement en cascade, dans une mise en abîme.

Les œuvres de Pauline Effantin invitent au dépouillement, en s’accordant au vivant, à la Nature. Un accord de corps. Faisant avec ce qui est déjà là, par la « matière-première » littéralement, que nous ne regardons pas. Matière foulée, ignorée. Justement recentrée dans un nouvel équilibre. Performative, elle révèle ce qu’elle « dit » au moment-même où nous l’envisageons.

Un appel à être, par la découverte d’une matière végétale, minérale polie, lissée, érodée, émondée. L’œuvre du temps sur l’existant, par soustraction de matière et atteignant un état de perfection visible, reconnaissable tant par la vue que par le toucher, par intuition, visiblement.

Un appel inversant une logique bien établie : celle du rajout, par celle de l’enlèvement, du retrait. Ici dans tous les sens du terme : par élévation et par allègement. Par effet de vol. Une invitation au dénuement, sans faux-semblant, sans artifice.

 

Introduit dans un in-fini

Trans-portée par flottaison aquatique, la matière est désormais érigée par et dans le vide. Rendue à elle-même par flottement aérien, dans une unité de lieu et de temps, fixée dans son immanence. Portée aux nues. Célébrée dans un état de nudité, autosuffisant et atteignant la pleine justesse de son être-là.

Encerclée, élevée dans un état de plénitude, de perfection. Une forme délimitée ouvrant à l’infini. Véritable focale ré-ouvrant le Rien comme le Tout. Une voie d’accès à la contemplation, à la méditation tout en nous maintenant sur le seuil d’une présence silencieuse, à l’affût d’imperceptibles mouvements d’un invisible souffle. Un appel à la transcendance, le temps d’un instant, dans un moment d’éternité.

Face à l’œuvre de Pauline Effantin, nous sommes introduits en intériorité, en toute extériorité. Nous entrons dans « le dedans du dehors[1] », l’air de rien.

À son chevet, suspendus, l’œuvre nous offre un moment de respiration vitale. Véritable oculus factice s’offrant comme voie d’accès nouvelle au réel, en réouvrant, tout simplement l’espace, en sa vacance, sa dimension de gratuité, vaste et toujours offerte.

À portée de main.

 

Présence évidente, déployée au sein d’un évidement, cet espace libéré, son écrin.

Il y a là « évidance[2] ».

 

Le Rien met au jour le Tout par une fenêtre grande ouverte sur l’In-visible. Une suspension où les éléments de matière se comportent comme des éléments de calligraphie : points, lignes. Une écriture toute nouvelle, toute naturelle. Un « iné-dit in-ouï ». Muette mais non sans voix, nous conduisant en intériorité.

Son état de pauvreté est matière première enseignante. Sa force d’imposition réside au sein-même de sa vulnérabilité. Son œuvre se faisant langage commun, universel.

Devant chaque sculpture mobile, s’observe un motif à répétition, dans la forme comme dans le fond. Chacune est « première », en vérité.

L’œuvre s’érige tel un point d’orgue du vivant à la dérive, et désormais arrivé à bon port, hors d’eau, par un équilibre sur-naturel.

 

Ici, s’arrêtent nos pas. Là, commence notre voyage im-mobile.

 

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Texte de Aude Viot Coster. Autrice – Mise En Mots, au gré du souffle de l’œuvre.


[1] Maurice Merleau-Ponty, L’œil et l’Esprit.

[2] Georges Didi-Huberman, L’homme qui marchait dans la couleur, Les Éditions de Minuit, Paris, 2020, p.20. Ouvrage dédié au travail de James Turrell.


L’élévation

par Jean-Michel Bloch, professeur de lettres modernes et de pensée contemporaine, Genève

                                                                               

Pauline Effantin crée des mobiles, à suspendre.

« Suspendre » …

Le « temps suspendu » … Est-ce cela que l’artiste veut suspendre ? Le temps, notre temps ?

Il est vrai que nous courons, tous, trop.

La proposition de Pauline Effantin nous invite à l’arrêt.

Entrer dans une autre temporalité : celle d’un temps « suspendu ».

L’expression est belle. Cette idée que l’on pourrait suspendre le temps de sa vie. Oui, l’arrêter, le suspendre et le regarder.

Regarder un mobile de Pauline Effantin c’est faire cette expérience-là, du « temps suspendu ».

 Mais pas seulement …

Pauline Effantin doit trouver l’équilibre, le juste équilibre. Difficile à trouver, difficile à conserver, tout comme, dans nos vies, il est difficile de trouver et de conserver l’équilibre.

L’équilibre est nécessairement fragile. Il requiert, de notre part, la vigilance.

Cet art, que pratique Pauline Effantin, est un art qui relève de la fragilité.

Être vigilant pour conserver ce qui est juste.

Travail des mains, du regard, qui part, d’abord, de l’intériorité de l’artiste, de l’acceptation de cette fragilité inhérente à notre condition d’homme.

N’est-on pas chacun, une vie suspendue dans le Temps ?

Et encore …

S’il fallait relier cette pratique artistique à un animal, de toute évidence, ce serait à l’un des plus fragiles de la Création : l’oiseau. Un oiseau arrêté en vol.

Fragilité. Légèreté. Équilibre.

La prouesse est d’autant plus remarquable que, dans cette pratique artistique, tout part de fragments de bois. Bois flotté, ramassé en bord de mer, loin, en Tunisie.

Bois passé au crible des flots, usé par la mer et qui finit, ramassé par une main généreuse, suspendu, dans un juste équilibre, magnifié.

Pauline Effantin, de cette manière, porte le bois de la terre au ciel. Elle accomplit une élévation, avec tout ce qu’il peut y avoir de beauté, de solennité, dans ce geste même de l’élévation.

Ce qui n’était que pauvreté, et qui aurait pu demeurer dans l’indifférence de la non-vision, se révèle en beauté, dans l’acte créateur de l’artiste.

 A un tableau, il faut un mur, pour le porter aux regards.

Que faut-il à un mobile ? Rien que le vide de l’espace aérien dans lequel le suspendre, en écho avec cet espace qu’il faut ouvrir en soi, afin d’accueillir au mieux tout ce que cette œuvre nous dit de profond sur nous-mêmes.